• Fin du Gel 18 janvier – 2 février

    Dernière saison de l’hiver.Les clients de la boulangerie rit en me disant « vous êtes bien optimiste vous !! »

    Je ne le suis pas.

    J’ai entendu les oiseaux chanter

    J’ai senti la lumière revenir

    J’ai vu les premiers perce neiges.

    La fin du gel, ce n’est pas la fin du froid. Il y aura bien encore quelques matins où il faudra gratter la voiture !La fin du gel, c’est que ce froid qui peut encore arriver n’est plus qu’un « coup de froid ». Ce n’est plus le froid qui immobilise et endort la nature.

    Parce qu’en-dessous, le printemps bouge comme le bébé qui se retourne enfin dans le ventre de la mère et se prépare à voir le jour.

    Microsaisons :

    19-24 janvier les mésanges chantent

    25-29 janvier : les brebis donnent naissance

    30 janvier -1er février : les perce neiges sortent de terre

  • Coeur de l’hiver 5-18 janvier

    Il fait froid, les arbres sont dénudés, les lumières de Noël sont désormais éteintes.Tout semble mort et pourtant : les jours rallongent. Sous la neige, le blé germe.

    Notre société actuelle, dans sa valorisation de l’Action et du Faire oublie parfois que l’absence de mouvement visible n’est pas l’absence de mouvement.

    Dans l’hiver qui semble immobile, des racines s’étendent, des forces s’amassent.

    Dans nos vies aussi nous connaissons des hivers, des moments où nous croyons les choses à l’arrêt. Mais c’est peut-être là que, dans un silence parfois imposé, émergent les prises de conscience profondes et les plus grands bouleversements intérieurs.

    Nous n’avons rien à craindre de l’hiver, pas plus que les graines qui attendent le printemps

    Microsaisons :

    5-9 janvier : le froid enveloppe tout

    10-14 janvier : les oiseaux recommencent à chanter

    15-18 janvier : les pigeons s’aiment

  • 21 décembre
    C’est la nuit la plus longue de l’année.
    Elle persistera quelques jours puis, le 27 décembre, le soleil se lèvera pour de bon et les jours ne cesseront plus d’augmenter jusqu’au prochain solstice, en juin.

    « Il faut que je diminue » a supposément dir Jean le Baptiste au solstice d’été, jour où il est encore célébré.
    « Il faut que je diminue pour qu’il grandisse ». Six mois après, la légende place la naissance de Jésus, celui que les chrétiens considèrent comme le sauveur et porteur de la nouvelle alliance avec Dieu.

    Mais au-delà, tout cet arc de diminution, toujours infime mais sensible c’est la moitié du cycle. Le sommet ne promet que la descente.

    Nous voici aujourd’hui tout en bas.
    Ce qui a diminué ne peut désormais plus que grandir

  • J’ai l’impression que cette partie de la tradition est devenu une grande source de stress : il y a ceux qui se ruinent, ceux qui n’ont pas assez d’argent pour se ruiner et en conçoivent de la honte. Il y a aussi ceux qui ont tout rejeté en bloc car « le cadeau c’est commercial, on a décidé de ne plus rien s’offrir »

    Il y a pourtant une réflexion intéressante dans cette obligation du cadeau. Au moins une fois par an, à Noël, nous devons trouver un cadeau pour nos proches. Oui, on vous demande, on exige de vous qu’au moins vous vous vous interrogiez sur ce que vous savez d’eux, ce qui vous relie à eux. Il ne s’agit pas d’acheter une box au hasard pour qu’ils « choisissent ce qui leur plaît », c’est plutôt justement à nous de nous poser la question, ou de commencer à enquêter tout du moins. Dans le cadeau, il y a plus qu’un objet choisi dans une liste. Il y a une réflexion, une proposition de lien entre la personne qui offre et celle qui reçoit. Pour cela nul besoin de dépenser des sommes astronomiques. On peut le faire si on a envie, si on le peut mais on peut aussi décider que la simple présence d’une personne aimée suffit.

    Apprendre à offrir c’est une chose, apprendre à recevoir aussi. On reçoit l’effort, la réflexion de la personne, le temps qu’elle a passé pas forcément dans les magasins mais aussi à concevoir son idée de cadeau. C’est cela qui devrait nous inspirer de la gratitude.
    Peut-être que l’objet qui vous est remis ne vous plaît pas. Mais la personne en face a essayé quelque chose, elle s’est donné de la peine et si son cadeau ne vous dit rien à vous, il vous dira quelque chose de celui qui vous l’a remis.

  • Dans la série post apocalyptique inspirée du roman graphique de Robert Kirkman, les Etats-Unis sombrent dans le chaos : les morts reviennent à la vie et dévorent les vivants.

    Ils marchent, rien de les arrêtent dans leur quête éperdue de chair, de nourriture. Mais ces « rôdeurs », comme on les appelle dans la série, ne sont jamais rassasiés.
    Ce n’est pas la faim qui les guide, mais la voracité instinctive. Ils ne sont jamais repu : à peine une proie est-elle dévorée qu’une autre est repérée.

    Ne sommes-nous pas, parfois, semblables à ces créatures ? Vorace d’argent, vorace d’objectifs à atteindre, voraces d’objets à acheter, voraces même de nourriture. Et nous en sommes récompensés : il y a toujours plus à faire, toujours plus à accomplir. Nous espérons que la prochaine proie comblera notre faim mais nous ne sommes jamais repus. Alors nous marchons, nous rôdons, incapables de nous arrêter, d’être satisfaits, incapables de sentir le moment où c’est « assez ». Toujours dans le futur, toujours dans le plus alors que même l’animal sait s’arrêter quand il n’a plus faim, dormir quand il n’y a rien à chasser.
    Morts à l’intérieur, la consommation est la seule chose qui nous maintient en « vie » : frénésie d’informations, de fragments de choses, d’expériences sans lien les unes avec les autres, consommation de produits, de nourritures, de divertissements, d’idées qui se suivent sans jamais avoir de sens, consommation des autres comme instruments de plaisir ou de pouvoir.

    Mais cette voracité, sûrement est-elle réelle. Si nous avons toujours si faim, peut-être est-ce parce que nous ne recevons pas la nourriture dont nous avons besoin.
    Nous avons peut-être faim d’autre chose que ce que l’on nous donne à consommer et que nous ingérons désormais par défaut, persuadés qu’un jour nous en aurons assez pour être rassasiés.

    Ce n’est peut-être pas une question de quantité, mais de qualité. Pas une question de news, mais d’histoires, pas une question de connaissances, mais de sens, pas une question de mort, mais de vie.

  • Vivre l’attente.

    Quelque chose que nous avons de plus en plus de difficulté à faire, tant notre société glorifie la rapidité. Des repas tout prêts aux infos qui « tombent », en passant par le dédain envers les élèves redoublants, la vitesse est devenue synonyme de succès, d’habileté dans tout domaine.

    Alors dans un effort louable pour contrecarrer cette folie collective, certains cherchent à ralentir. Et certainement, il nous faut souvent ralentir.

    Mais faire lentement, c’est toujours faire.

    La pression de réussite reste souvent la même car aujourd’hui, réussir, c’est faire. Et même lentement beaucoup passent encore sans le voir à côté du paradigme de l’Etre. Or attendre ce n’est précisément pas faire. Ni vite ni lentement. Attendre c’est une façon d’être, précisément une façon de se détacher du Faire.

    Cette dernière ligne droite vers le retour de la lumière nous laisse une chance d’en faire l’expérience individuellement mais aussi collectivement. Une chance de comprendre que, comme dans une chorégraphie, il faut parfois faire un mouvement rapide, parfois un mouvement lent, parce que l’essentiel est d’être en rythme.

    Microsaisons :

    7-11 déc : les oiseaux se blotissent dans les troncs
    12-16 déc : la forêt est silencieuse
    17-21 déc : gui et houx

  • Aujourd’hui c’est la St Nicolas. Cette fête me rappelle la partie de mon enfance passée en Lorraine et dans le Nord de la France. St Nicolas venait à l’école apporter des friandises, il défilait la nuit dans des chars lumineux d’où il jetait des bonbons et si les enfants étaient suffisamment sages, il leur déposait sucreries, clémentines et/ou cadeaux dans la nuit du 5 au 6.
    Ici, personne ne le connaît. Cette journée sera pareille à toutes les autres.

    Pourtant, St Nicolas c’est l’ancêtre du père Noël, avant que celui-ci n’apparaisse aux États-Unis. C’était alors lui qui apportait les cadeaux.
    L’Europe est d’ailleurs loin d’être homogène en terme de personnages et de dates de cadeaux. Certains enfants recevront les leurs le 24 décembre des mains du Père Noël, voire du Christ lui-même sous les traits d’une jeune fille blonde (en Allemagne). Puis dans la nuit du 31 décembre c’est le Grand-Père Froid qui gâtera les enfants russes. Le lendemain c’est un autre saint (Basile) qui se chargera des Grecs. Enfin, le 6 janvier, les Rois Mages apporteront leurs présents à l’enfant Jésus mais aussi à ceux d’Espagne

    Il y a beaucoup de légendes entourant St Nicolas (qui a d’ailleurs réellement existé, ou plutôt qui ONT réellement existé car la figure confond vraisemblablement deux évêques qui ont vécu en même temps et dans la même région, Nicolas de Myr et Nicolas de Sion).
    L’histoire dont je me souviens raconte que trois enfants avaient été enlevés, tués et mis au saloir par un méchant boucher et que St Nicolas est venu les ressusciter 7 ans plus tard. Le méchant boucher serait d’ailleurs le fameux père Fouettard qui accompagne le saint dans ses tournées pour faire peur aux enfants moins sages.

    Ce matin il y avait un petit pot de pâte à tartiner dans mon calendrier de l’Avent, St Nicolas est donc bien passé !
    Si vous n’avez rien trouvé de votre côté ce matin, posez vous les bonnes questions 😂

  • Quelque part entre janvier et février, je ne sais plus, un pigeon s’est installé sur le rebord de fenêtre en face du mien.
    Il dormait seul, la tête enfouie dans ses plumes grises. Je me suis habituée à sa présence et lui à la mienne.

    Au travers du carreau et au fil des mois, je l’ai vu dormir, manger, guetter, s’intéresser aux femelles des alentours et finalement en choisir une.
    Je les ai observés se tester, puis voler ensemble, se blottir l’un contre l’autre, échanger des coups de becs affectueux.

    Un jour le pigeon a été pris d’une frénésie inconnue. Il apportait plumes et ficelles sur le rebord, plusieurs dans la même journée. Sa petit pigeonne s’y est installée et quelques jours après, deux petits oeufs blancs sont apparus parmi ces plumes collectées. Pendant des semaines, elle et lui se sont relayés pour couver leur descendance. A chaque passage de relai, un bisou, un roucoulement.

    Juste avant la Toussaint, la vie a émergé. sous les plumes de la femelle, deux petites têtes jaunes aux yeux encore aveugles. A côté d’elle les coquilles brisées par ces deux êtres qui voulaient vivre.

    Sans relâche, les deux parents ont couvé, nourri bec à bec, déposé des graines et démontré aux deux bébés ce qu’il allait falloir faire pour concrétiser cette vie.

    Blottis l’un contre l’autre, comme leurs parents avant leur naissance, ils ont regardé vers moi, appris ma présence, testé le vent froid du début de l’hiver. L’un est devenu vite gros, l’autre, plus petit et sensible appelait souvent ses parents lorsqu’il les sentait à proximité.

    Les deux bébés ont poussé sur leurs pattes, se sont dressés en quelques semaines, se disputant le meilleur coin du rebord, se réfugiant l’un sous l’autre quand ils se sentaient trop petits face au monde.

    Leurs yeux ouverts, leurs ailes ont grandi. Le plumage a poussé. Je guettai chaque petite tache distinctive, dans l’espoir de pouvoir les retrouver un jour, lorsqu’ils partiraient car c’était leur destin.

    Désormais la venue des parents se traduisait par des battements d’ailes frénétiques. Ils avaient pris de la force, les parents venaient plus rarement.

    Hier midi en rentrant de la boulangerie par un jour pluvieux et venteux, mon coeur s’est arrêté en constatant que le plus petit, le plus émotif manquait à l’appel. Etait il tombné ? Etait il mort ?

    J’ai nsurveillé l’après midi mais rien. Ce matin, le grand était toujours seul.

    En ramenant mon assiette de petit-déjeuner dans la cuisine, j’ai vu le père posé à côté du grand. Puis il s’est envolé vers la cheminée en face du rebord.
    Son bébé, mon petit bébé à moi aussi, dont j’ai connu toute la vie s’est approché du bord et, dans un battement d’aile maladroit et beau à la fois, a pris le premier envol de sa vie.

    Le père s’est envolé aussi.

    Dans ma chambre retentissait un cantique de l’Avent.

    Le nid est vide.

    ***
    Epilogue

    J’ai écrit les dernières phrases les yeux embués de larmes et au moment où j’appuyais sur le bouton « publier », j’ai entendu un roucoulement désormais familier.

    Les deux parents étaient sur le rebord, mon petit pigeon faisant à nouveau la cour à son amoureuse

    Le nid est vide, prêt à accueillir

  • Je me suis rendue dans un parc proche de chez moi.
    Il y a là des magnolias qui en mars fleurissent si abondamment que l’on croirait des nuages. Pendant quelques brèves semaines, ils donnent au parc un air féérique. Lorsque je vais les voir, j’essaie de me les imaginer ailleurs : les magnolias sont parmi les arbres les plus anciens. Ils ont côtoyé les dinosaures et ont survécu jusqu’à aujourd’hui.
    Lors de la floraison je ramasse quelques pétales pour les cuisiner car en plus d’être beaux, les magnolias sont bons.

    Je me suis rendue dans un parc proche de chez moi. Les fleurs des magnolias ont fané il y a longtemps et leurs branches sont même désormais nues des larges feuilles vertes. Mais à leurs extrémités, de gros bourgeons duveteux se sont formés, laissant parfois même déjà entrevoir le blanc des futurs pétales.
    J’ai prudemment coupé une petite branche. J’ai dit merci.

    J’ai planté cette branche chez moi, sous mon velux, pour qu’elle voit le ciel.

  • Demain (4 décembre) c’est la Ste Barbe et ce jour est associé avec une tradition de Noël particulière, c’est pourquoi je m’y prends en avance.

    En plus d’être la sainte patronne des pompiers notamment, Ste Barbe est associée au fait de faire germer du blé ou des lentilles. Le symbole est celui du retour promis de la végétation et de la nourriture lorsque le printemps reviendra.
    C’est une tradition ancrée en Provence mais qui trouve des échos ailleurs en France et même en Europe, je vais y revenir

    L’idée est de faire germer du blé ou à défaut des lentilles dans du coton pour décorer la table de Noël ou la crèche.
    On peut le faire dans trois coupelles différentes représentant la sainte Trinité.
    L’année dernière j’avais réussi à faire germer quelques lentilles blondes de chez Carrefour et, Noël passé, je les avais replantées dans le potager. Elles n’avaient pas survécu et heureusement peut-être, car je ne suis pas sûre que mon propriétaire aurait apprécié que des lentilles prennent la place de nos tomates et aubergines !

    Cette année j’essaie une autre version de la tradition de la Ste Barbe, pratiquée en Allemagne et en Autriche. Plutôt que du blé, il est de coutume de couper la branche d’un arbre (fruitier généralement mais surtout dont les fleurs sont précoces) et de la placer dans un vase.
    La chaleur de l’intérieur du foyer et l’aide de l’homme pour trouver la lumière aident la branche à fleurir durant l’Avent, comme un printemps par anticipation.
    La branche servait d’oracle de multiples façons : sa floraison annonçait une année de chance. Plus il y avait de fleurs, plus la récolte serait abondante. Certaines jeunes filles nommaient chaque branche du nom d’un de leurs prétendants : la branche qui fleurissait en premier indiquait le nom du futur mari.

    J’ai coupé une branche de magnolia et une de lilas. J’ai un peu d’espoir pour le magnolia dont la floraison est précoce. Pour le lilas… si un peu de vert surgit des quelques bourgeons ce sera déjà un succès !

    Et si rien ne fleurit, si rien ne promet une année féconde alors tant pis. La jachère est aussi une maturation